LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

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LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  Alain MINEAU le Dim 25 Nov 2012 - 13:51

Bonjour à tous

Un petit récit pour vous faire partager ma session du mois d'octobre. Bonne lecture

LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE
Mois d'octobre.
J- 1, je regarde pour la énième fois les prévisions météo. J'en profite pour chambrer les collègues de travail qui vont se taper une semaine de pluie. La bas, dans le sud, le soleil doit normalement briller toute la semaine avec une température moyenne de 22 °. 7 jours de pêche en grand lac, voilà plus d'une semaine que je prépare tout méticuleusement au point d'en trouver difficilement le sommeil. Mon épouse attend avec impatience que je parte car je suis devenu infernal. Eole doit souffler à l'ouest et j'ai comme à mon habitude choisi une semaine de nouvelle lune. Seul bémol, les postes que nous devions pêcher sont déjà occupés par nos amis Irlanlais Dan et Pete qui pêchent « notre » baie, celle tant convoitée dans mes rêves. Les « gibbies » ne font pas les choses à moitié puisqu'ils vont pêcher 6 semaines de suite. Peu importe, ce sera avec un grand plaisir que je vais retrouver mes amis. Mon pote Francis « le Belge » est déjà installé depuis 3 jours .
Claude, un autre ami doit partir demain matin. Ce sera une grande première pour lui de pêcher un grand lac et visiblement lors de nos échanges téléphoniques, il est quelque peu impressionné puisque je lui ai prédit « l'enfer ». J'en ai forcément un peu rajouté pour pimenter le tout en lui parlant des moustiques gros comme des chauves souris, des fourmis squatteuses de duvet, sans oublier ces impitoyables araignées suceuses de sang...
Jour J, tout est parfaitement rangé dans la voiture qui est embaumée par les « flavours » de scopex, japanese squid et monster crabe. A 11 heures, ayant terminé le boulot après un service de nuit, direction plein sud sans même manger ! Les carpes n'attendent pas et je veux au moins m'installer avant que le soleil se couche.
J'arrive à la cale à bateau entre chien et loup. Après avoir mis mon gilet de sauvetage, 2 coups de lanceurs plus tard, j'ouvre les gaz à fond du Yamaha et me dirige droit sur l'objectif tant convoité. Le vent me fouette le visage, j'hume avec bonheur le parfum des essences de pins et je ressens enfin un sentiment de liberté. Terminé le taf, terminé le train train quotidien, je revis.
A mon arrivée sur le poste, ce sont les chaleureuses retrouvailles avec Francis et Claude puis avec mes amis Irlandais ponctués par des « hi my friend » et d' amicales tapes dans le dos. Mes 2 potes m'ont laissé un poste sympa. 4 rangées de bouées me font face, espacées tout les 50 mètres et ce à partir de 200 mètres du bord. L'enfer en fait, je devine immédiatement que c'est moi qui vais en faire les frais. De toute façon, pas question de se rapprocher des « gibbies » qui exploitent la totalité de la baie avec leurs 8 cannes. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je me dis que j'ai au moins une aile. Claude est plus chanceux que moi avec 3 rangées de bouées lol Le bivie est monté en un temps record ce qui me laisse juste le temps de tendre 2 cannes avec deux bonhommes de neige , 1 de 26 + 1 de 20 le tout derrière une pioche de 2, en fait un Gamakatsu Lagabbe. Ici on fait pas dans la dentelle, les hameçon au dessus du 4, c'est bon pour les brèmes et puis gros plombs (200 grammes), tresse, distances de pêche jusqu'à 500 mètres ne font pas bon ménage avec du 6 ou du 8. Après un rapide repas, je vais me coucher.
La nuit sera très calme, trop calme en fait. Je me fais force de me lever tôt pour observer le lac. Assis derrière mes deux cannes, je vois les étoiles disparaître une à une. La dernière à quitter la nuit est Vénus. La boule de feu apparaît à l'horizon dévoilant la brume qui lève son voile sur le miroir liquide. Pas une vague, rien ne vient troubler la surface. Le silence est simplement brisé par plusieurs vols de canards qui quittent le lac me gratifiant au passage de plusieurs « coin coin », comme pour me dire « on t'a vu ! ». Je n'ai pas de fusil, tout juste de simples sabres de carbone inoffensifs. Que la nature est belle quand on s'accorde un peu de temps à l'observer.








Au loin, sur ma gauche, je vois un minuscule pneumatique avec un gars qui rame à l'envers, ça c'est du Pete tout craché qui revient de tendre une ligne. Heureusement qu'il habite sur une ile pour savoir si bien naviguer lol. Je rejoins Claude et Francis pour le café et nous discutons forcément de stratégie de pêche et du placement des montages.
Bip, bippppp, bippppppppppppppppppppppppppppppp le Delkim bleu (mon préféré !) crache et vocifère ses décibels alors que la tresse s'échappe du moulinet. Contact. La canne se plie mais le frein ne chante plus. 10 minutes plus tard j'épuise une jolie petite commune. Décapoté, je me dis ça au moins c'est fait !






Chaque journée, c'est le même cérémonial : Le matin on prépare les montages et l'amorçage. A 17H00 on relève les lignes et on prépare les montages qui seront déposés et copieusement amorcés dès que le vent se calme pour n'être relevés que le lendemain à la même heure. J'ai opté pour un amorçage en diagonale qui commence à 200 mètres du bord pour aller jusqu'à 500 mètres pour le plus éloigné. Un chemin d'amorçage est réalisé entre chaque repère. Mes bouillettes sont emprisonnées dans du filet pour résister aux écrevisses et être certain qu'elles tiennent 24 heures sans bouger et risquer de pêcher à la goutte d'eau. Au pied des cannes je dispose aussi une lumière que j'allume dès que je pars en bateau la nuit, c'est beaucoup plus simple pour revenir à bon port ! J'ai encore en souvenir une nuit de mois de novembre avec mon pote Flo sur un lac du centre de la France avec un brouillard à couper au couteau et on a pas mal galéré pour retrouver le poste.

Goulou goulou goulou goulouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu (c'est le bruit d'un carpsounder !). Départ sur la canne de Francis. Contact. Rien ne bouge. Il met la pression et ça lâche. Après plusieurs dizaines de tours de moulinets il ramène une magnifique brème de plus de 3 kilos. Seul bémol, elle est morte et ne porte plus aucune écailles sur les deux flancs. Elle est visiblement passée dans une râpe à fromage. Dan prononce le mot magique « yeaahh, big catfish »
Francis est dépité et moi quelque peu amusé j'en profite pour le chambrer un peu, je ne croyais pas si bien dire …....

2 heures plus tard..... alors que le vent s'est levé bippppppppppppppppppppppppppp c'est la ligne du delkim rouge au crabe qui démarre. Je parcours les 60 mètres comme un dératé, je prends la canne, monte dans le bateau, et tourne la poignée de l'électrique sur le vitesse 5, direction le large. J'arrive à la première rangée de bouées et là je ne comprends pas ce qui se passe ! Le poisson prend du fil alors que la tresse plonge directement sous le bateau et la ligne est tendue à plus de 400 mètres par dessus le câble ! Après une pile de jurons qui mériterait une heure de confessionnal, j''ouvre le pick-up, pose la canne et tire comme un bœuf sur la première bouée à ma portée. Je décolle le câble du fond que je coince sur l'avant du bateau. Je reprends la canne et je comprends que le fil est passé dessous ! Même Gérard Majax, Sylvain Miroufle ou Garcimore n'y seraient pas arrivés ! C'est incompréhensible ce truc. Je passe donc la totalité du bateau et la canne sous ce câble de malheur et je mouline. Contact ! Putain ça prend encore du fil ! Re moteur et j'arrive sur le poisson après avoir traversé les trois autres rangées de bouées sans problème. Le poisson est à la verticale. Je me dis au fond de moi que c'est le poisson de ma vie. Ça redémarre, le poisson prend, 10,20,30 mètres de tresse, impossible de l'arrêter. Tout se bouscule dans ma tête, jamais je n'ai touché un poisson aussi puissant ! Puis plus rien ! C'est en dessous du bateau et ça bouge plus. Je pompe comme un malade, la HI S est pliée jusqu'à la poignée, je vois même plus le scion qui est noyé sous l'eau. Et ça redémarre, je suis obligé de lâcher du frein. Des bulles remontent à la surface...... Merde un silure, envolés mes espoirs de carpe record.... et c'est reparti Mimile, chaque fois que je le ramène il repart de plus belle. Avec le vent et le poisson, j'ai dérivé, beaucoup trop dérivé....Je mets le moteur à fond en marche arrière, il continue à me tirer. C'est dingue et la terre s'éloigne..... Çà y est, c'est un remake d'Hemingway et du Vieil homme et la mer ! Je hurle à mes potes de venir, je gesticule de la main gauche, « putain mais il fait quoi Francis avec ses jumelles », il doit bien voir que je suis dans la mouise !
Il monte enfin à la surface, oui c'est bien un silure avec sa queue de serpent et sa couleur marbrée. Il a une gueule énorme, des moustaches démesurées et une longueur à faire trembler n'importe qu'elle épuisette à carpe. Je tente de le glisser à l'intérieur, il replonge et je vois sa queue disparaître comme s'il me faisait un bras d'honneur. Déséquilibré, je fais tomber l'épuisette dans l'eau... Elle flotte maintenant à 30 mètres du bateau... Je suis seul au milieu de nulle part et mon moustachu se fout bien de moi. Je vois enfin le bateau de Francis quitter le poste et l'espoir revient mais il bifurque à gauche... Je rajoute une autre heure de confessionnal au menu ! Je continu à hurler, gesticuler et mon salut vient de mon pote Dan qui me rejoint. Il récupère mon épuisette et je re-pompe, je suis mort, exténué mais la HIS a encore des ressources insoupçonnées. Il remonte et se trouve maintenant allongé. Dan fait le job du premier coup, coupe le fil et le monte difficilement dans son bateau. Je hurle de joie... Nous sommes à plus de 700 mètres de la berge. Quel combat, quelle adrénaline. Nous revenons avec notre trésor sur la berge. Je mets ma main dans sa bouche pour retirer la pioche N°2 qui lui sert de piercing. La bête serre la mâchoire et j'en suis quitte pour plusieurs doit écrasés dans la râpe et de longues minutes de saignement. Bordel, ça pince sec ! Je comprends mieux maintenant pourquoi la brème n'avait plus une seule écaille. 1,80 mètre et 35 kilos, le verdict est tombé. Quand je pense qu'il existe des carpes encore plus lourdes, cela laisse rêveur.






Alors que Dan part chercher son appareil photo, il me dit « un carp dans la sac cette nuit ? » en me montrant la ficelle verte attachée à l'arbre. Je lui réponds que non mais je tire quand même dessus et sens un poisson bouger au bout ! Claude et Francis éclatent de rire. Ils m'expliquent que quand ils m'ont vu aux jumelles avec l'épuisette dans les mains ils ont cru que le poisson était au sec et 'un nouveau départ s'est produit sur mes cannes. Francis est donc parti en bateau récupérer Claude pour prendre le poisson ! Ils n'entendaient pas mes cris de désespoir à cause du vent. C'est la franche rigolade avec ce quiproquo improbable. Ce nouveau poisson est une jolie miroir de 14.







Vers 17 heures, je retourne tendre les cannes. Comme à mon habitude je commence par celle qui est la plus loin. En arrivant sur place, une seconde surprise m'attend.... Il y a un poisson au bout de la ligne et visiblement il n'est pas fatigué car il me met un souk terrible avant de se rendre sauf que l'épuisette est sur la berge à quelques 500 mètres ! Je ramène donc le poisson à bon port en le tenant en laisse sur le côté du bateau au bout de ma canne, moteur électrique en marche. A 20 mètres de la berge, je lance à Claude d'un ton amusé « et une de plus et elle me suit comme un gentil chien depuis la bas ! Ce serait sympa de la mettre à l'épuisette ! » » T'es vraiment cocu Lainlain ! Non ça s'appelle « la Classe » lol, bref ça chambre sévère. Ce poisson estimé à environ 14, retournera direct à l'eau car il était fatigué et nous n'avons voulu abréger son calvaire, je venais par négligence de lui imposer un marathon ! Il repartira en parfaite santé et se souviendra je pense un moment des bouillettes au scopex !


5ème jour, depuis hier, la pluie et le vent se sont invités. Les éléments sont déchainés. Je rejoins Claude et Francis pour le petit déjeuné. Ils ont des mines de chiens galeux et se grattent jusqu'au sang comme si une colonie de puces ou de moustiques avait investi leurs vêtements. Ils sont couverts de dizaines de boutons urticants sur les jambes et les bras. Pendant la nuit, ils ont été dévorés même à travers le pantalon par des petites araignées sauteuses. Bizarrement, j'ai été épargné. Seule la crème magique achetée en urgence à la pharmacie du coin soulagera ces piqures.

6ème jour, après avoir perdu un beau poisson dans les bouées (casse), je prends un nouvelle commune sur les billes au scopex

[IMG=http://img87.imageshack.us/img87/6846/carpe2z.jpg][/IMG]



7ème jour : Goulou goulou goulou, touche timide sur la canne gauche de Francis. Le hanger redescend...Goulou goulou goulou.... Il remonte. Nous montons dans le bateau et rejoignons le poisson . Arrivés sur le poisson, celui-ci gratifie le premier contact par un rush particulièrement puissant. Francis est obligé de lâcher de la tresse. Je manœuvre le bateau pour me rapprocher mais elle n'est décidément pas pressée de monter nous voir en surface. Après 15 minutes de combat intense, nous commençons à nous demander s'il ne s'agit pas d'un second silure. Il faudra 20 minutes pour voir ce poisson qui se joue de nous. A chaque pression le poisson décolle et monte. Je le vois passer à plusieurs reprises sous le bateau pour sonder à nouveau. C'est une magnifique commune sauvage, longue de plus du mètre que j'épuise. Elle accusera le poids respectable de 16, 5 kilos. Francis est aux anges. Décapoté après 10 jours de pêche, il aura également eu droit à sa dose d'adrénaline. Encore une fois, les carpes les plus grosses ne sont pas toujours les plus combatives !





Je plierai le lendemain matin sous un déluge d'eau après avoir passé un peu de temps avec mes amis Irlandais. Francis et Claude ont joué les prolongations jusqu'au lundi suivant. Claude a été récompensé de sa ténacité en prenant une superbe commune de 12,5 kilos le 10 ème jour. Il est reparti émerveillé par ce séjour et parle déjà de retourner pêcher en grand lac. Que dire de nos amis « gibbies » qui restent 6 semaines !

Le grand lac, ça vous gagne !

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Alain MINEAU

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Re: LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  Dominique Poireau le Dim 25 Nov 2012 - 16:08

Encore un recit captivant. Merci Alain de partager ces instants avec nous.
Bravo à vous tous
Au plaisir
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Re: LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  seb mitard le Dim 25 Nov 2012 - 19:55

Merci Alain pour ce recit !!

_________________
L'important à la pêche ce ne sont pas les bouillettes, c'est ce que vous en faites.

Pour bien pêcher, faut bien manger !!!!!!!!!!!!!
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Re: LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  gaëtan rossard le Lun 26 Nov 2012 - 12:37

Super récit Alain!!!!! Bravo et les fish sont magnifiques!!!
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Re: LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  mathieu baraton le Lun 26 Nov 2012 - 22:43

chapeau bas!! encore un super récit merci!!
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Re: LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  Alain MINEAU le Lun 26 Nov 2012 - 23:14

Merci à tous Wink

Dom t'as un MP
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Re: LE GRAND LAC, CA VOUS GAGNE

Message  LUDO YOMEDE le Dim 10 Nov 2013 - 12:58

MERCI alain pour ce récit très palpitant comme toujours bis
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